Imprécis de néologie appliquée

Comment créer un néologisme?

Lettres

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A peine arrivé au bureau, je tombe sur « voiturophile ». Instinctivement, je n’aime pas ce terme mal foutu, mais je tiens à saluer l’initiative de l’imprudente collègue, en trouvant un autre néologisme au sens proche. Je suis donc contraint de traverser le vaste patio arborisé de la rédaction pour me rendre dans l’aile occupée par le service « correction », espérant qu’un latiniste pas trop chargé trouve mieux. Las, on m’y fait juste remarquer que le réseau de transports motorisés étant fort réduit du temps de Virgile, là, « eh bien non, on ne voit pas ».

Après une ou deux bouteilles d’Evian, on est tout de même tombé d’accord sur « véhiculophile », qui sonne mieux, bien que l’on n’y attribue sur le moment, les uns et les autres, aucune racine connue de langue morte (ce qui est une erreur, d’ailleurs…).

En plus, voiturophile compte bien trop d’occurrences sur Google (327) pour pouvoir passer pour un néologisme nouveau… Véhiculophile (33) est presque rare, à coté.

L’empilement de racines empruntées aux langues mortes n’est pas le seul moyen de néologiser: Robert en énumère d’intéressants:

Dérivation (marabouter), language populaire, argot, mot, ou même néologisme étranger (googler, googueler, googueliser…), condensation d’opérations techniques (hélitreuiller), usage d’un patronyme (poubelle), acronyme (sida).

- Le néologisme doit permettre de rendre la communication plus simple et/ou distraire. Dans le cas contraire, il convient d’abandonner ce qui peut vite glisser vers la pédanterie et les divagations prétentieuses.

- Robert recommande de placer les créations entre guillemets.

- Restez attentifs à la connotation que peut donner le choix des racines utilisées. Au début de l’épidémie de sida, l’usage répété du mot « sidaïque » par l’extrême droite et notamment Jean-Marie Le Pen, qui comparait alors les personnes atteintes à des lepreux (entre autre, mais vaut-il vraiment la peine de s’en rappeler), avait enclin les gardiens de la langue française (de France) a imposer « sidéen ». Les Canadiens francophones préférèrent sidatique, dans un premier temps, sidéen s’imposant par la suite, semble-t-il.

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