Commente et tais-toi!

9 avril 2010, 17:23

Luc-Olivier Erard

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Faut-il permettre aux lecteurs des journaux en ligne de rédiger des commentaires anonymes? Protéger la liberté d’expression des « sans voix », ainsi que le secret des sources lorsque c’est nécessaire, est légitime. C’est pourquoi les rédactions doivent se garder la possibilité de publier des commentaires non signés.

Certains s’en plaignent cependant, non sans raisons… Dérapages racistes, insultes diverses, propos approximatifs… Le blog Piques&répliques compte plusieurs billets sur la question et son auteur est intervenu auprès des entreprises de presse.

Dans les faits, la plupart des titres ne « modèrent » pas vraiment les commentaires anonymes et signés de manière différenciée. Trier, classer, hiérarchiser les interventions de ses lecteurs, tout en laissant s’exprimer les sentiments et les opinions de manière libre et bienveillante, avec doigté, fait partie de ce nouveau métier que devrait être la diffusion en ligne de l’actualité. Comme journaliste, je n’aime pas voir mon travail cohabiter avec les éructations haineuses irréfléchies. Mais je le trouve valorisé lorsqu’il s’enrichit de faits inconnus, de contradictions stimulantes et d’opinions nouvelles.

Cependant, cette potentialité ne devrait pas être le prétexte pour laisser publier « chez soi » n’importe quoi, n’importe comment. En publiant un courrier de lecteurs dans un journal imprimé, les rédactions prennent garde à ce que le propos du lecteur qui a bien voulu leur « rendre visite » soit mis en valeur, par exemple en essayant de ne pas y laisser de coquilles, et s’interdisent (et pour cause) la publication de propos  répréhensibles. Il devrait en être de même pour les sites Web.

Un espoir: le problème pourrait s’estomper… A mesure que certains sites d’information redeviennent payants, les éditeurs seront bien obligés de retrouver certaines exigences de qualité qu’ils imposent à leurs titres papier (même si le lien entre prix et qualité ne doit pas être compris dans un sens trop étroit). Le problème des commentaires n’est pas seul en jeu.

Voilà quelques points que j’ai relevé dans la presse romande en ligne:

- des nouvelles partent parfois sur le web trop vite sans avoir été bien traitées.

- les auteurs d’articles ne sont pas forcément bien identifiés. A quoi bon se payer des « Top gun » (Il parait que c’est comme ça qu’on appelle les bons journalistes dans les rédactions oranges, maintenant…) si c’est pour faire publier leurs articles par « admin » qui figure ensuite comme auteur sur tous les fils RSS…

- les relectures et corrections imposées aux titres papiers ne sont pas toujours mises en place dans les rédactions en ligne. Alors que publier la mauvaise photo dans un articles papier est très rare, il est très régulier de voir les pages web et autres applications Iphone truffées de problèmes du genre.

- la provenance des différents contenus présents en page d’accueil est souvent peu claire (journal du jour, du lendemain, agence, réseau social, journaliste professionnel, témoin, etc.).

- la mise en page papier n’est qu’approximativement prise en compte dans la page web. Conséquence: des intertitres noyés dans des paragraphes qui « crochent » à la lecture, des photos sans crédit ni légende, des titres affichés à moitié…

- les articles et leurs commentaires n’ont pas de date de péremption, et ne peuvent pas être modifiés après coup par leur auteur. Ils sont susceptibles de perdurer sur le Net, décourageant toute une frange de personnes dont on ne saurait blâmer la prudence…

2 Comments

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  2. Yvette Bonny 10 avril 2010

    Je suis toujours avec beaucoup d'intérêt les interventions de "Piques et Répliques" dont j'approuve la plupart des commentaires. Il m'arrive de passer un commentaire sur le site du Matin (je suis parfois effarée de la bêtise et de la haine qui émanent de certains propos), mais j'ai remarqué que la personne qui est censée "modérer" les commentaires ne supprime jamais la haine ou le racisme. Par contre, chaque fois que j'ai émis une critique, polie et mesurée, envers un quelconque journaliste, du Matin ou de sa concurrence, mon commentaire a été supprimé. Vous parlez de la publication de la mauvaise photo. J'ai fait récemment une expérience qui en dit long. Le 7 mars dernier, jour des dernières votations, je consulte en début d'après-midi le site de 24 Heures. Attirée par une dépêche qui parle des élections communales complémentaires dans le canton de Vaud, je clique pour y trouver le résultat de ma commune. L'article qui se développe sous mes yeux est illustré par une photo du local de vote d'un petit village montrant un couple dont le mari est en train de déposer son bulletin dans l'urne. La photo est sympa, elle illustre tout à fait une élection dans un village. Pourtant, cette photo m'a provoqué un certain choc : l'homme qui tient son bulletin dans la main c'est mon frère, décédé le jour de Pâques 2003. Je suis heureuse que ma belle-sœur, âgée de 84 ans, n'ait pas été à ma place !

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