Seymour Hersh: Embarquer avec les soldats, « l’une des pires choses arrivée au journalisme »

23 avril 2010, 11:32

Luc-Olivier Erard

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gijcSeymour Hersh en a tellement à raconter… Il a révélé le massacre de My Lai lors de la guerre du Viet Nam, les tortures de la prison d’Abou Ghraib pendant la guerre d’Irak trente ans plus tard, et entre deux n’a jamais cessé de traquer la vérité partout ou on voulait la lui cacher. Il a reçu de nombreux prix, dont le Pulitzer du reportage international en 1970. Petit aperçu de son intervention:

« Il n’est pas facile d’être journaliste d’investigation: les éditeurs [Editors] rejettent vos histoires, vos sources ne veulent pas être citées… »

Hersh2« On m’a demandé si j’avais des conseils aux jeunes journalistes, j’en ai deux. Il faut lire avant d’écrire et le sensationnel n’est pas nécessaire. Si l’histoire est bonne, elle se racontera toute seule. – Viet-Nam, Irak, Afghanistan: nos gouvernements n’ont rien appris, c’est pour cela que notre profession est si importante. »

Sur My Lai: « J’ai passé un an à retrouver les gens qui étaient présents. Je ne voyais pas d’aspect racial à ce moment-là, mais par la suite, je me suis rendu compte que peu de noirs ont participé. Ils tiraient plutôt en l’air. J’ai essayé de vendre cette histoire comme journaliste freelance mais personne ne la voulais. J’ai fini par la publier pour 100 dollars au New-York Times. »

« J’ai retrouvé un des soldats dans une petite ville du nord. Sa mère a déclaré « je leur ai envoyé un bon garçon et ils m’ont rendu un assassin ». C’était une histoire très significative que j’ai souvent raconté. Mais pendant des année je n’ai pas évoqué un autre aspect: ce qui s’est passé quand le soldat est revenu. Il s’était marié à l’âge de 15 ans et sa femme a accouché lorsqu’il était au Viet-Nam. A son retour, il a tué son bébé. Je n’ai jamais su si sa mère parlait de la guerre ou de cet enfant. « 

« Les conséquences de la guerre en Irak, en Afghanistan, au Viet-Nam, ne sont pas seulement horribles pour ces sociétés là, mais aussi pour la nôtre. »

A l’époque où j’ai vendu mon histoire, on pouvait s’en sortir avec très peu. Tout est beaucoup plus cher aujourd’hui, je suis désolé pour vous… »

« Je suis inquiet par rapport à l’Internet et aux blogs, la moitié ne sont pas vraiment bons… Si vous lisez Huffington Post, vous pensez qu’il y a eu 500 000 morts en Iran l’an dernier. Or ce n’est pas le cas, même s’il est vrai qu’il s’est effectivement passer beaucoup de choses dramatiques. »

(Question de la salle) A votre avis, sur quels sujets devrions-nous travailler aujourd’hui? « Sur la présence américaine en Afrique, les déchets dangereux, les changements qui vont intervenir dans le Golfe… – J’aimerais que le NYT cesse de plaider pour la guerre en Iran. Ce qui m’inquiète, c’est que sans couverture locale forte aux Etats-Unis, ces choses vont continuer. Malheureusement les journaux locaux ne sont pas en bon état. »

Questionnez les retraités

« Je me suis rendu compte en travaillant avec les militaires… Un général à la retraite va parler plus qu’avant. Tout à coup ils s’ennuient… Les retraités sont une de mes sources principales. – Il n’y a rien d’extraordinaire à ce que nous faisons: nous nous concentrons sur les gens qui sont malheureux, qui ont des choses à redire… Il faut être réaliste! »

Suivez les règles (des journalistes)

« Les gouvernements parlent beaucoup plus des journalistes que ce que vous pensez. Si vous trichez, on le saura. Suivez les règles. – Quand la police ou le FBI vient me voir, je ne parle pas. Ce n’est pas mon  travail. C’est le travail du gouvernement de garder secret ses problèmes, et c’est mon travail de les découvrir. Nous ne sommes pas partenaires. Après le 11 septembre, trop de journalistes se sont joints aux unités militaires. Je suis intransigeant là dessus. Même après le 11 septembre, rejoindre l’équipe de Bush ce n’était pas mon travail. Mon travail, c’est de rendre compte de ce qui est dit, et de dire si ce qui est dit est vrai ou ne l’est pas. »

« En Afghanistan, on a changé les règles sur le terrain. Le reportage est bien plus compliqué dans cette guerre qu’au Viet-Nam. Vous êtes avec ces soldats, vous ne voulez pas les exposer: c’est vraiment une des pires choses qui soit arrivé au journalisme. »

Sy protège ses sources…

« Je ne mets aucune note dans mes ordinateurs. J’ai 300 calepins, et avant de passer à l’ordinateur, je n’inscrit jamais de nom dans mes ordinateurs, j’organise mes rendez-vous par téléphone. J’ai un bureau secret, je n’utilise pas les bureaux du New-Yorker, je n’utilise pas mon propre téléphone, je ne parle pas d’information sensible au téléphone. Si on trouve votre source, vous êtes finis. Si vous appelez quelqu’un, cette personne va appeler d’autre gens pour en savoir plus. Si vous ne protégez pas vos sources, vous allez être très mal vu. »

Terrain ou diplômes?

« Je n’aime pas les facultés de journalisme, elles se concentrent trop sur des aspects techniques. Il vaut mieux avoir un diplôme en Sciences sociales, en Histoire, etc… »

« Afin d’obtenir des informations, il faut aussi en donner. Il faut venir armé d’informations, plutôt que de ne faire que poser des questions. »
Notice biographique de Seymour M. Hersh sur le site du New-Yorker

Et voici encore les meilleurs moments de la présentation de Seymour Hersh, filmés par le European journalism center (Edit: Raymond Frenken, camera: Ivan Picart)

2 Comments

  1. Pingback : Seymour Hersh : “Les gouvernements mentent. Les journalistes font des erreurs” « Chacaille

  2. sydney 23 avril 2010

    TOUT EST DIT! Cela remplace tous les cours de journalisme... « Afin d’obtenir des informations, il faut aussi en donner.» C'est tellement vrai.

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