Duc Tue Dang et l’investigation historique: « La propagande régnait au détriment de la vérité »

25 avril 2010

DienBienPhuCouvLa bataille de Dien Bien Phu: 15 000 français parachutés – jeune armée du Viet Nam indépendant depuis 7 ans. Symbole pour les pays colonisés. Duc Tue Dang, journaliste au Viet-Nam, a écrit avec d’autres journalistes « Dien Bien Phu – Mémoire des vainqueurs » , un ouvrage basé sur les témoignages des jeunes soldats qui ont battu les français à Dien Bien Phu qui sort ces jours dans les librairies. Verbatim, tiré de sa présentation de la Global investigative journalism conference:

La vérité officielle

« La France a mis beaucoup d’encre dans cette défaite. Curieusement, du coté des vainqueurs, c’est le silence. Nous, les générations suivantes, on ne savait presque rien à part quelques héros de nos manuels scolaires, et on ne sait même pas si c’est conforme. A part les mémoires officielles du général Jap, nous avons constaté un trou de mémoire réel après 55 ans. Les paysans sont rentrés chez eux et sont redevenus des paysans. Curieusement, ça ne se raconte pas. Face à la victoire, ils ne trouvaient pas leur place et étaient intimidés, apeurés de sortir une version différente de la version reconnue officielle… »« Si l’investigation n’était pas facile, c’est que la vérité officielle, devant nous, était un mur. – On nous disait « je n’étais rien, je vous donne l’adresse de quelqu’un qui sait ». Et ça nous ramenait toujours vers les mêmes. Le nombre des morts à Dien Bien Phu est toujours inconnu. Des gens viennent encore sur le mémorial ou figure 4000 noms pour trouver un membre de la famille, mais souvent ils ne les trouvent pas. »

« ll est difficile d’expliquer ce que nous voulons faire, comme journaliste indépendant. Briser cette couche de glace a pris beaucoup de temps ».

Récolter les témoignages

« Les interviews ont duré 12 mois. Les premières étaient étranges. Ce sont plutôt les gens qui nous posent des questions. Les plus courageux nous sortent la version « sécurisée » des faits. Il faut 2 ou 3 entretiens pour obtenir leur confiance. – On commettait pas mal d’échec, surtout lorsqu’on était seul. Il nous arrivait de ramener des trucs prometteurs, mais on ne savait plus quand et où ça s’était produit exactement. Si on retrouve pas l’endroit où ils étaient et quand, ça n’était pas utilisable. Pour cette raison nous avons décidé de travailler en binôme. Nous avons fait 400 entretiens dans tout le pays en voiture, en avion, à moto. Nous en avons retenu 250. Les entretiens sont interrompus fin 2008 pour passer à la phase finale. Décrire les faits, vérifier les sources, préparer des infographies. – Nous voulons quelque chose de clair et compréhensible pour tous. Les photos sont fournies par les témoins. Les photos d’archives sont en fait pour la plupart des reconstitutions.

« Je pense qu’on leur a montré qu’on pouvait faire quelque chose d’impossible: s’intéresser aux gens normaux et pas aux héros connus ».

« Nous avons vu des Vietnamiens qui ont combattu du coté français. Ils ne sont pas dans le livre car la structure du livre ne le permettait pas ».

« Nous n’avons peut-être rien révélé d’extraordinaire et d’inconnu dans les faits. Ce qui compte, ce qui est nouveau au Viet Nam, c’est la démarche. Nous avons été les premiers à faire quelque chose de différent et c’était difficile. Mais nous avons tout de même pu faire la lumière sur des questions non-résolues, comme la présence de Chinois à Dien Bien Phu. C’est la première fois que nous parlons des conseillers chinois du général Jap et même sur le front auprès des officiers. Les relations entre le Viet Nam et la Chine ne sont toujours pas paisibles… Le livre aurait pu être bloqué rien que pour ça si on tombait sur un mauvais jour.

1 mai 2010

[...] Retrouvez un verbatim de la conférence de Duc Tue Dang sur le blog de Sokiosque.ch [...]

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2 mai 2010
Wagner

à un moment il est écrit « Nous avons vu des Vietnamiens qui ont combattu du côté français. Ils ne sont pas dans le livre car la structure du livre ne le permettait pas. » Que ceci est dit avec d’infinies précautions un tantinet hypocrites!
En effet, hormis le fait qu’ »ils » ont dû en voir bien peu compte-tenu du seul fait que si des Français du CEFEO il en revint trés peu des camps vietminh, des Vietnamiens pourtant nombreux sur le champ de bataille (ainsi que d’autres ethnies)sous commandement français, ce fut à dose homéopathique, et les quelques survivants ne se trouvent certainement pas sur le territoire vietnamien. En une seule phrase, presque tout est dit du chemin historique que le Vietnam d’aujourd’hui doit parcourir pour sortir de la mémoires de guerres, de ses mythes et de ses tabous, pour aller sur celui de l’Histoire sous toutes ses composantes!
EW

6 mai 2010

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