Häsch dini Agentur hüt scho ghaa?
Dans deux courriers « simultanés » publiés par Impressum (Les journalistes suisses), Bernard Maissen, redchef de l’ATS, et Balz Bruppacher, ex AP, vident leur sac. Deux témoignages essentiels sur la crise qui a vu AP Suisse disparaitre et ATS se retrouver en situation de monopole.
- « …Du journalisme ‘Copier-coller’, un langage catastrophique et des choix toujours faux: on n’utiliserait pas l’agence, c’est ce que l’on entend dire lors des discussions tarifaires. (…) Les responsables ont suggéré des économies dans les agences plutôt que dans les rédactions. » Bernard Maissen, redchef ATS
Bernard Maissen, rédacteur en chef de l’ATS, se taillerait bien un nouveau porte-monnaie en peau de Caïman. Dans un virulent courrier reproduit dans la niouzlaiteur d’Impressum, il regrette les « larmes de crocodile » des éditeurs et des journalistes qui se lamentent de la disparition d’une agence concurrente, AP Suisse.
Associated Press (AP), en difficulté sur le marché américain où des dizaines de journaux disparaissent, veut se débarrasser de ses services en langues étrangères. Le service allemand a donc été vendu à une agence allemande, DDP. DDP, détenus par des financiers de haut vol, aurait pu continuer à distribuer les news suisses sur un fil contenant les news internationale d’AP. Mais comme le marché se rétrécit, et qu’apparemment AP ne comptait pas faire dans le low-cost avec l’international, DDP a fiché la paix à l’ATS et abandonné son bureau suisse. Les allemands ont d’ailleurs poussé le raffinement jusqu’à faire en sorte que la vingtaine d’employés d’AP apprennent leur licenciement grâce à… l’ATS.
A ce stade, on rappelle que cinq journalistes francophones d’AP Suisse sont toujours au bout du fil, suspendus aux décisions d’AP concernant son service français. Ils travaillent et leurs dépêches sont imprimées dans les journaux suisses.
- « Le pré-contrat entre DDP et l’ATS découvert suite à une indiscrétion révèle que l’ATS était prêt à débourser plus de 10 millions de francs pour la création d’un monopole. Comment une telle somme peut-elle se justifier alors qu’on prive les rédactions d’une deuxième source d’informations? Lequel des gros actionnaires de l’ATS a un intérêt à un tel deal? Quel objectif poursuit la SSR en approuvant cet accord ? Pourquoi les actionnaires de l’ATS n’ont-ils pas consulté les rédactions en chef? » Balz Bruppacher, ex AP
Bernard Maissen en a apparemment un peu sa claque de voir l’ATS accusée de manœuvrer pour liquider la concurrence américaine, dans des journaux dont les éditeurs (propriétaires collectivement de l’ATS) font pression sur les prix, et dont les journalistes dénigrent les agenciers: « Les prestations des journalistes de l’Agence sont peu appréciées par beaucoup de collègues. Au cours de ces dernières années, quelques journalistes – dans certains cas par ignorance, dans d’autres plutôt par protection – ont vivement dénigré le travail de l’ATS et de l’AP » (qui fournissent entre 20 et 40% des news, au bas mot.)
Balz Bruppacher, lui, dégaine carrément: « En 52 jours, AP, ddp et ats ont réduit à néant la concurrence existante entre les agences de presse nationales ». L’ancien chef d’AP Suisse, fondé en 1981, accuse DDP d’avoir prétendu s’étendre sur le marché suisse alors même qu’ils étaient déjà en tractation avec l’ATS. Il indique par ailleurs qu’un directeur londonien d’AP aurait décrit en 2007 le bureau suisse comme « le plus profitable de la région EMEA » (Europe Middle-East Africa). Bruppacher a donc beau jeu de se demander à qui profite le deal.
Le 24 juin se tiendra l’assemblée générale de l’ATS. Une augmentation de capital est prévue.
Les éditeurs suisses se sont regroupés pour fournir prochainement à leurs lecteurs un support numérique commun (une tablette de lecture). Une annonce est attendue pour la fin de l’été. Que ce soit en terme de payement de l’info ou de mode de production (diminution des frais liés à l’impression et à la diffusion des titres), la nouveauté pourrait apporter des changements importants à moyen terme dans l’économie de l’info et dans les habitudes de lecture.
L’évaporation d’AP Suisse, et les répercussions négatives qu’elle aura immanquablement sur le contenu des titres tombe donc au plus mauvais moment.