ATS: Hersant veut faire sans
Les quotidiens suisses détenus par Philippe Hersant veulent « renoncer au service de base de l’ATS ». C’est ce que Jacques Richard, administrateur délégué d’ESH, société de Philippe Hersant qui détient La Côte, L’Express et L’Impartial, a indiqué à Sokiosque.
Bien sûr, toute les années, en juin, c’est le même cirque. Annoncer qu’on se retire, que le service est tout pourri, que de mon temps c’était pas pareil, faire transpirer un peu les cadres et revenir négocier la bouche en cœur fin décembre: je reprend encore pour l’année prochaine, mais c’est la dernière fois parce que quand-même.
Ce petit jeu, pas mal d’éditeurs s’y sont livrés. Parfois, ils se sont même désabonnés pour de bon. Et l’ATS a fini par faire des coupes méchantes dans son réseau. Désormais, le bureau de l’agence le plus proche de la plus grande ville « informée » par Hersant (La chaux-de-Fonds), c’est celui de Bienne, à 45 bornes. Et les journalistes de ce bureau doivent aussi s’occuper de Fribourg (70 kils) et du Jura.
Que les quotidiens d’Hersant ne se sentent pas vraiment bien servis dans l’affaire, ce n’est donc pas très étonnant. Jacques Richard se méfie par ailleurs du « poids croissant de Tamedia/Edipresse au sein de l’ATS ».
« Je ne veux plus de ce service d’une qualité insuffisante, je suis prêt à garder Sport Information, mais pour le reste, c’est niet. Avec les économies que je fais sur l’ATS, je peux monter une équipe de journalistes à nous, sur le terrain, qui travaillent comme on leur dit de travailler, et qui livrent des informations romandes de bonne qualité ». Jacques Richard entend se fournir en news internationales et suisses grâce à un fil « moins cher » fourni par l’AFP et Reuters, et développer « des collaborations rédactionnelles avec différents titres ».
Stratégie ou petit coup de bluff? Dans les deux cas, je trouve l’affaire révélatrice d’un écart de plus en plus grand entre la production de l’ATS et le contenu que cherchent à livrer les quotidiens locaux: traitement des faits divers, dramatisation et personnalisation de la vie politique, fort accent sur le divertissement, tentation (pas souvent assouvie) de moins traiter l’info institutionnelle, forte présence de la communication d’entreprise.
Le service de base de l’ATS n’a heureusement pas suivi tous les nouveaux travers de l’info. L’institutionnel a toujours une large place sur le fil, les agenciers ne jouent pas les hystériques du fait divers ou du people, et la mission de l’Agence, c’est de s’intéresser à l’ensemble du territoire. Le sérieux et l’exhaustivité restent des principes de base.
Bref, en examinant les contenus d’un fil d’agence et des contenus propre d’un quotidien, il n’est pas très difficile d’imaginer que ça peut coincer quand on parle affaires. Reste qu’il n’est de loin pas certain qu’il soit facile, même pour un quotidien local, de se passer de l’Agence. On l’a déjà dit ici, la dose d’ATS dans les quotidiens suisses est importante, et l’utilisation du fil dans les rédaction est loin de se limiter à la publication des papiers (Agendas, pompages en tout genre sans signature, vérification grâce aux archives de l’agence, etc.). Les quotidiens alémaniques désabonnés sont revenus dans le giron de l’ATS. Selon des sources internes à l’Agence, ils ne l’avaient d’ailleurs jamais vraiment quitté puisque leurs journalistes continuaient de pomper allégrement dans le contenu diffusé sur Internet.
On saura donc dans le courant de l’année si ce changement, qui représenterait une première en Suisse romande, se concrétise dans les rédactions d’Hersant.
En France, les publications du Groupe Hersant média, en pétard avec l’AFP, se passent de ses services. Comme quoi…