Police! Vos papiers!
La Police est sur Facebook. Plongé dans cette même ivresse nostalgique qui prend tout Neuchâtelois quand il plane au dessus des toits de la rue de la Boine dans l’ICN pour Zurich – Sankt-Gallen – Nächste-Halt – Neuenburg, j’ai appuyé sur « Devenir ami ».
J’ai donc le plaisir de retrouver commentaires, données chiffrées et conseils avisés en matière de sécurité, tous les jours sur mon fil. Du service public adapté au réseaux sociaux… Que demander de mieux?
Le problème, c’est que la police en profite, tous les jours désormais, pour diffuser sa revue de presse interne, sous la forme d’un fichier pdf téléchargé sur Google.docs. Le 8 juillet, ce sont ainsi 40 000 signes d’articles de presse in extenso qui ont été largement distribués.
La pratique de la revue de presse fait l’objet d’accords, moyennant payement, entre les entreprises et les sociétés qui gèrent le droit d’auteur. Il est donc possible pour les organisations de diffuser à l’interne de tels documents. Mais chez Presse Suisse, qui regroupe les éditeurs de journaux, on a peu goûté au fait d’apprendre que l’une de ces revues de presses atterrissait quotidiennement sur Facebook et Google. Il suffit en effet d’avoir un compte Google pour pouvoir prendre connaissance, via un lien, de 18 pages de textes en pdf.
Daniel Hammer, secrétaire général de Presse Suisse, voit rouge, et évoque « une violation de la loi sur le droit d’auteur ». « Nous sommes très clairement, dans ce cas là, hors du champs de la revue de presse diffusée à l’interne ». « Nous allons avertir nos membres et réagir. Désormais nous sommes plus attentifs à ces violations, car le droit d’auteur est tout autant mis en danger par la copie qu’il l’est dans le cas de la musique numérique ». Et le représentant des entreprises de presse d’évoquer l’utilisation prochaine « de logiciels qui permettent de traquer sur Internet la violation du droit d’auteur », comme le fait par exemple le Guardian avec Attributor.
L’affaire passe mal, d’autant qu’évidemment, de par la nature du document, les papiers perdent en substance: pas de photo, pas de légende, une mise en page grossière, et d’énormes logos de la Police Neuchâteloise à chaque page. « C’est le droit moral de tout journaliste de garder la main sur le contexte dans lequel son article est présenté », rappelle Daniel Hammer.
Au passage, les conditions générales de Facebook et de Google sont égratignées.
Enfin, une simple règle de trois permet de soupçonner qu’une demi-douzaine de services étatiques et/ou d’entreprises suffise à mettre en ligne gratuitement et hors de contrôle des légitimes propriétaires… l’intégralité de la presse romande.