Arthur et la préhistoire du briefing de rédaction
Secouez-vous les miches! Arthur, roi de Bretagne, est dans la ligne de mire des « Cahiers de Science et Vie ». Moi qui voyais Arthur comme une sorte de José Bové des Ages sombres… En kiosque, un numéro complet consacré aux différents aspects du mythe de la Table ronde livre les dernières recherches en histoire et en archéologie, pour démêler le vrai… du cru.
Le pauvre monarque anti-esclavagiste entouré des bras-cassés qui règnent sur la Table Ronde dans Kaamelott, la série d’Alexandre Astier, n’a pas grand chose à voir avec le vrai Arthur, apparemment.
Encore que personne n’en soit vraiment sûr. Même les historiens semblent quelque peu démunis lorsqu’il s’agit de donner corps au personnage, sujet de nombreux ouvrages dont les plus anciens sont bien postérieurs au mythe qu’ils s’appliquent à documenter. Du coup, en fait, il n’y a pas grand chose de certain dans la vie de cet homme, sa quête du Graal, sa détestation des Pictes, des tartes et de sa belle-mère. Pas tellement plus que chez Guillaume Tell, Jésus ou Tintin. Du coup, comme quoi faudrait surtout s’en rappeler comme d’un « truc symbolique ». Et qui peut donc servir à illustrer… à peu près tout.
Ainsi, les premiers briefings de la Table Ronde sont hasardeux. Les sujets marronniers détériorent le climat de travail en raison de leur caractère récurrent et mal défini. Lancelot: « Qu’est-ce que vous voulez que je développe ? Vous n’êtes pas de taille à mener la quête du Graal »*.
Par la suite, l’arrivée du père Blaise, copiste de l’Ecole supérieure de journalisme de Cadbury, va donner à la fine équipe un cadre bon-enfant et des consignes claires pour relater les faits, et rien que les faits: « Vous racontez ce qui s’est passé, d’un coup, sans vous arrêter, et si vous changez des trucs, je vous envoie le registre à travers la gueule. Vu? »
Lancelot, non sans espérer un jour devenir redchef à la place du redchef, invente une nouvelle forme de reportage engagé: « Un village assailli de brigands, une femme qui se fait tabasser, une poule qui boîte, c’est pas les opprimés qui manquent ! Et là au moins, j’aurais l’impression de servir à quelque chose. » Las, il faut là aussi remettre en cause certains modèle économiques, car l’évolution des technologies n’est pas sans impact sur la culture de l’information. Arthur: « Quand on file une histoire à un copiste, pour qu’il en fasse 3 exemplaires, qu’ça va lui prendre trois mois et qu’ça va coûter la peau des fesses, c’est pas pour raconter le temps qu’il fait ou ce que vous avez bouffé le midi, hein. Il faut qu’ça pète un peu! »
*Citations de Kammelott prélevées sur wikiquote