Depuis huit ans, Google News bouleverse l’économie des nouvelles. Son concepteur, l’ingénieur en informatique Krishna Bharat, a offert au public de l’Ecole de journalisme de Columbia, le 7 avril dernier, un aperçu de la philosophie de l’engin.
Lors des attentats du 11 septembre 2001, Krishna Bharat entrevoit un problème: « Pendant plusieurs jours, je ne me suis nourri que d’informations », dit-il. Il constate alors que « la lecture des nouvelles sur Internet est inefficace: les sources à dispositions sont multiples, et le web permettrait de les lier entre elles, offrant à la confrontation une pluralité de perspectives. Mais elles ne le sont pas, simplement parce qu’elles sont publiées par une multitude d’agents qui s’ignorent entre eux.
Comment ça marche?
Deux ans plus tard, Google News est en ligne. En indexant tout le contenu de milliers de sites d’information sélectionnés, Google a désormais le pouvoir de comparer les publications. En opérant des analyses statistiques, les ordinateurs de la firme trient les articles par sujets, et les hiérarchisent en analysant leur évolution minute par minute: « Les ordinateurs comprennent-ils les nouvelles? Non. Ils agrègent les statistiques de décisions éditoriales pour produire une sagesse collective », explique l’ingénieur. Un paquet composé de différentes versions d’une même histoire, pourra, suivant sa dynamique de croissance, sa répartition géographique et d’autres critères, être mesuré aux autres, pour trouver sa position dans la hierarchie des nouvelles. Ainsi « la hierarchie des informations sur Google News reflète d’abord les choix éditoriaux des responsables de publications, et non la popularité des articles auprès des lecteurs (elle aussi prise en compte dans une mesure moindre, ndlr). »
Pourquoi ça marche?
Pour Krishna Bharat, l’agrégation permet de fournir aux lecteurs un mélange de différentes perspectives sur les sujets qui les intéressent et une somme d’informations ciblées qu’ils auraient eu bien du mal à composer par eux-même. Aujourd’hui, GoogleNews représente une source de lectorat importante pour la plupart des sites de presse.
Le numéro 1 du web se livre-t-il ainsi au pillage des rédactions? Son inventeur s’en défend: « Il n’est pas question de donner les nouvelles que d’autres ont produites, mais d’indiquer au lecteur comment les trouver. C’est ce que nous faisons, et c’est ce que nous commercialisons ». De fait, les relations houleuse entre les éditeurs et la firme semblent s’être un peu calmées. Verra-t-on donc bientôt de la publicité arriver sur Google News? « Je ne peux pas faire de prédiction à ce sujet », déclare-t-il à l’heure des petits fours, pour ne pas déterrer inutilement la hache de guerre.
Le cerveau de Google a rappelé la cause de quelques coups de ciseaux dans les budgets rédactionnels: canibalisation des journaux par les news online gratuites, rubriques d’annonces vaporisées par Craiglist, disparition des budgets publicitaires. « Ça a commencé il y a longtemps et on a un alibi: on n’existait pas ».
Et alors, et alors, et alors…
Trier efficacement les nouvelles pour qu’elles soient lues par le plus de monde possible / Profiter d’infos produites par d’autres pour faire de l’argent: la ligne qui sépare ces deux points de vue est assez floue.
Pour ma part, je retiens quelques enseignements.
1. Google News est le seul outils qui permet d’avoir accès à une masse de nouvelles classées, et bientôt, classées selon les propres critères du lecteur. Dans ce contexte, rejeter GoogleNews, c’est un peu comme si un éditeur de livre interdisait à une bibliothèque mettre en rayon ses ouvrages de peur qu’ils s’y trouvent en concurrence avec d’autres.
2. Le problème de Krishna Bharat, c’est de trouver au même endroit, à fin de pouvoir choisir et comparer les points de vue, toutes les infos qui sortent sur un problème donné. Cette tâche, Google News la remplit imparfaitement. Pour la plupart des gens, dans la plupart des situations, le monde est beaucoup trop vaste pour présenter dans sa globalité un intérêt immédiat. Il est probable que l’outil s’affine encore et qu’on puisse de mieux en mieux personnaliser, et donc limiter, cerner, les news qu’on veut parcourir. Mais cette tâche restera chronophage et relativement complexe pour un lecteur, quoi qu’en dise l’ingénieur. Les mieux placés pour réaliser cette tâche restent les journalistes auxquels l’abonnement à une publication confère un certificat de proximité…
3. S’en remettre à Google News pour diversifier ses sources d’information revient à tirer sur une mouche au canon. Mais les lecteurs n’ont jusqu’à aujourd’hui que peu d’alternative: compléter un article avec quelques hyperliens vers des sources, des articles sur le même sujet, des éditos de publications concurrentes, des institutions ou des documents est encore pratiquement impossible sur les sites de presse romands.J’en avais fait un principe de base sur un premier site web, Styloactif, après avoir proposé la chose à trois rédactions. Bien sûr, lier un article vers un site de presse concurrent peut être délicat. Krishna Bharat l’a dit: il ne faut pas avoir peur de multiplier les liens vers l’extérieur, ce qui fera de votre publication un bon point de départ que les internautes choisirons donc pour se lancer sur le web. La tentative récente et très limitée d’un quotidien romand m’invite toutefois à rester prudent: tout content de trouver enfin un hyperlien sensé documenter un article, je suis tombé sur la petite entreprise du témoin interviewé, sans rapport avec le sujet traité.
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