FACEBOOK – Laissez vos lecteurs s’abonner à votre fil


Lancé à la fin 2011, l’outil « s’abonner » de Facebook est encore peu utilisé en Suisse romande. Mais sur la Côte Est des Etats-Unis il a, en quelques mois, passablement bouleversé l’usage que les journalistes et les personnalités publiques font du plus grand réseau social en ligne. Cette expérience est-elle transposable en Suisse romande? En partie. Et à la veille de l’entrée en bourse la plus importante de la net économie, il vaut la peine de s’y intéresser.

Si vous activez cette nouvelle fonction sur votre profil personnel, elle permet, à chaque fois que vous écrivez sur Facebook, de choisir si l’information sera accessible au public ou à vos seuls amis.

Si vous choisissez l’option « public », la nouvelle (un statut, une photo, un lien, etc.) sera visible sur votre profil par les personnes qui ne sont pas vos amis.

Une nouvelle fonction qui change tout

Mais Facebook va plus loin, c’est tout l’enjeu de « l’abonnement ». En autorisant la souscription (une explication en français sur cette page Facebook), vous permettez à des personnes de vous suivre comme s’ils comptaient parmi vos amis, mais sans qu’ils aient à partager leur profil avec vous. Ils recevront les informations que vous diffusez sur leur fil d’actualité (sans avoir à venir les pêcher sur votre profil). Cette démarche unilatérale a rendu obsolète l’usage des « pages de fan » ouvertes par les personnages publics, et dont l’usage est laborieux et peu efficace. (J’ai moi-même fermé la page Sokiosque sur Facebook, mais vous pouvez vous abonner à mon compte).

Certaines personnalités romandes utilisent la souscription: à la TSR, vous pouvez vous abonner à Darius Rochebin (qui, pour l’essentiel, annonce ses émissions), mais pas à Esther Mamarbachi (qui semble en revanche avoir l’ »amitié Facebook » facile, puisqu’elle s’est créé un second profil après avoir fait le plein sur le premier, soit 5000 personnes). Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs, est arrivé récemment sur Facebook et vous pouvez vous y abonner.

Les politiques (vaudois…)

Dans l’arène politique, prenons l’exemple du Canton de Vaud, en pleine campagne électorale pour les cantonales du 11 mars. L’essentiel se joue encore sur  le terrain. Mais certaines « curriosités » observées pendant la campagne américaine (j’y reviendrai, mais allez déjà voir mon blog consacré à ce sujet) invitent à la prudence… Les changements arriveront peut-être plus vite qu’on ne le croit.

Un rapide diagnostic permet de constater qu’aucun des 21 candidats ne fait un usage intensif ou raisonné de Facebook pour sa campagne. La plupart ont pourtant un profil. Certains acceptent l’ »amitié Facebook » de personnes qu’ils ne connaissent pas ou peu. C’est le cas d’Anne-Catherine Lyon (socialiste sortante), qui vient de s’y mettre, élargit sa base d’amis (près de 1000) et publie de nombreuses photos de campagne et fait quelques commentaires. Nuria Gorrite (candidate socialiste et syndique de Morges) y milite de longue date. D’autres n’ont pas de profil personnel, mais utilisent activement une page de fan, comme Philippe Leuba, (libéral radical sortant).

Ces deux cas bénéficieraient de l’utilisation de la souscription: être « amis » avec une femme politique qui ne fait pas partie de nos proches ou se déclarer « fan » d’un politicien constitue une démonstration, une donnée personnelle que l’on ne souhaite pas forcément partager. Une souscription manifeste un intérêt plus neutre. Elle permettrait sans doutes à ces trois personnes d’élargir leur audience sur Facebook. Enfin, sur les mur des unes et la page de l’autre, les témoignages de fans, sans intérêt pour les abonnés, peuvent rester sur le mur, mais ne pas être diffusés par l’abonnement.

Continuons avec nos candidats: Pascal Broulis et Jaqueline de Quattro (libéraux radicaux sortants) ne semblent pas présents sur Facebook. La verte Béatrice Métraux ne l’est pas non plus. L’UDC Claude Alain Voiblet utilise un profil personnel (près de 500 amis) et une page à son nom avec 48 fans: effort innutile. Emmanuel Gétaz, (Vaud Libre), a un profil, et quatre des 5 « centristes » ont un profil (seul Martin Chevallaz en est dépourvu). Guillaume Morand, candidat du Parti de rien, est bien sur Facebook, mais sous un surnom de Toto Morand (qui, certes, est plus connu que son vrai prénom qui figure sur les listes, mais allez vous y retrouver…)

Aucun candidat, à ce jour, n’autorise l’abonnement à son fil d’actualité. La plupart d’entre eux connaissent pourtant cette fonctionnalité, car ils sont eux-mêmes abonnés à quelques profils. A titre de comparaison, le conseiller national genevois Antonio Hodgers compte 900 abonnés, la conseillère nationale vaudoise Ada Marra 184 (et 5000 amis).

Des abonnés, pourquoi faire? Annoncer ses activités de campagne, prendre position sur un sujet chaud, pointer vers un de ses articles ou l’article de quelqu’un d’autre, commenter ce qui se passe chez les concurrents ou les collègues… Bref, faire vivre une campagne à l’heure numérique: tout ce que les candidats cherchent à faire grâce à des sites Internet lourds, introuvables, et abandonnés dès les élections passées. Tout comme Twitter dans une certaine mesure, Facebook ne rend pas ces sites obsolètes: il les fait revivre.

Les journalistes

La plupart des journalistes ont un compte facebook, mais peu autorisent la souscription pour l’instant. (Mentionnons tout de même le reporter de l’Hebdo Patrick Vallélian, qui diffuse de nombreux documents sur les événements dans le monde arabe, et signale parfois ses propres articles). En revanche, aucun des correspondants de Forum, principale émission politique quotidienne de la Radio suisse romande, n’utilise cette fonction bien qu’ils aient tous un profil Facebook.

New York

A New York, dans la région du monde ou l’activité numérique est réputée la plus intense, les tablettes et smartphones ont largement pris la place du papier dans les cafés, les transports publics et les ménages. Mais cette mutation accélérée, c’est bien plus qu’un changement de support.

L’intégration de Facebook et Twitter (et d’autres réseaux sociaux) dans les sites web des journaux est devenue un aspect essentiel de la lecture de l’info: elle permet, sans quitter l’article des yeux, de le diffuser à sa propre audience d’amis ou de collègues, d’échanger des idées, des opinions, connaissances ou émotions.

Dans cet article du site britannique journalism.co.uk, l’une des responsables des réseaux sociaux au New York Times, Liz Heron, explique, avec d’autres journalistes, comment tirer parti de cette nouvelle fonction. Une cinquantaine de journalistes du New York Times l’utilisent. Parmi eux, Nicholas Kristof, qui a supprimé sa page de fan. Si l’on s’en tient à une perception ancienne de l’activité sur Facebook (se faire un peu de publicité à bon prix), Nicholas Kristof est LA personne dans le monde qui n’en a pas besoin. Célèbre reporter du Times depuis des lustres, il fait probablement partie des plus grands voyageurs de l’histoire (sa bio). Il peut compter sur un employeur qui diffuse des publicités revendiquant rien moins que « le meilleur journalisme du monde ».

Pourtant, ce reporter utilise Facebook intensivement (après avoir été pionnier comme blogger puis utilisateur de Twitter). Malgré une production impressionnante (reportages, éditoriaux et enquêtes sur des sujets nationaux ou internationaux se succèdent à un rythme impressionnant), il intervient pratiquement tous les jours sur sa page du géant bleu, posant des questions à ses lecteurs, présentant des personnages, des histoires, des lieux qu’il fréquente pendant son travail. Chacune de ses interventions attire des centaines de commentaires et des milliers de « like ». Compter sur un auditoire aussi mobilisé permet de trouver de nouveaux sujets, de nouvelles sources, vérifier des infos, prendre contact, etc… Si vous faites partie des gens qui n’ont « pas le temps pour ça » parce que vous êtes à plein temps dans une rédaction, allez jeter un oeil sur son profil.

A quoi ça sert?

A s’informer et à informer. Diffuser des idées, des articles, des commentaires, des opinions, participer au débat public sur Internet, faciliter la prise de décision, intensifier ses relations, se cultiver, multiplier les échanges. Et à coup sûr, si l’on en juge par l’énergie que met la Gray Lady dans une entreprise dont elle n’est bien sûr pas (encore?) actionnaire, à capter, fidéliser et monétiser… un lectorat renouvelé.

Photo: Tasse, Ipad, et table de jardin. New Haven, février 2012 – loé.

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