Tag Archives: gijc2010

Duc Tue Dang et l’investigation historique: « La propagande régnait au détriment de la vérité »

DienBienPhuCouvLa bataille de Dien Bien Phu: 15 000 français parachutés – jeune armée du Viet Nam indépendant depuis 7 ans. Symbole pour les pays colonisés. Duc Tue Dang, journaliste au Viet-Nam, a écrit avec d’autres journalistes « Dien Bien Phu – Mémoire des vainqueurs » , un ouvrage basé sur les témoignages des jeunes soldats qui ont battu les français à Dien Bien Phu qui sort ces jours dans les librairies. Verbatim, tiré de sa présentation de la Global investigative journalism conference:

La vérité officielle

« La France a mis beaucoup d’encre dans cette défaite. Curieusement, du coté des vainqueurs, c’est le silence. Nous, les générations suivantes, on ne savait presque rien à part quelques héros de nos manuels scolaires, et on ne sait même pas si c’est conforme. A part les mémoires officielles du général Jap, nous avons constaté un trou de mémoire réel après 55 ans. Les paysans sont rentrés chez eux et sont redevenus des paysans. Curieusement, ça ne se raconte pas. Face à la victoire, ils ne trouvaient pas leur place et étaient intimidés, apeurés de sortir une version différente de la version reconnue officielle… » Continue reading

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En zone de guerre, sans être embarqué

gijc Deux reporters racontent leur expérience de l’investigation en zone de guerre.

Paul Moreira (Premières lignes, France): « Quand vous êtes à coté de quelqu’un qui a un RPG, vous faites partie du problème, pas de la solution.  – Etre totalement prisonnier d’un « embedement » (intégration dans une unité des forces armées) c’est un désastre pour l’information.  – A travers l’embedment, il y a eu une vraie volonté d’influencer la perception du public ». On m’a proposé d’aller avec des unités de reconstruction. »

Stephen Grey (freelance, Grande-Bretagne): « Les fixers ne sont pas là uniquement pour interpréter ou vous guider. Ils sont une véritable porte d’entrée. On ne parle jamais des reporters locaux alors qu’ils sont toujours sur le terrain avec nous. Le problème c’est qu’ils ne peuvent pas fuir, et ils travaillent avec nous parce qu’ils sont désespérés. Certains dangers sont induits par l’organisation des médias. Parfois les producteurs et les fixers disent qu’il est temps de partir, et il faut gérer la pression des médias étrangers. » Continue reading

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Financer l’investigation: Stephen Engelberg (Propublica) David Kaplan, CPI

gijcStephen Engelberg (ProPublica, USA): « Le couple Sandler a accepté de mettre à disposition un budget de 10 millions de dollars annuels, et de n’intervenir en aucune manière dans le contenu éditorial. – Nous avons décidé d’opérer uniquement sur Internet. Le fait de ne pas avoir de produit imprimé est capital. A l’Oregonian, nous demandions un dollars par exemplaire. Ce qui revient au produit éditorial c’est huit cents, le reste étant à la production et à la distribution. Nous pensions qu’il y avait une opportunité à travailler avec toutes sortes de médias. – Nous nous sommes demandés si les journaux étaient disposés à publier des contenus produits par un autre média. Nous nous sommes rendus compte que ce n’était pas un problème. »

Business Plan

ProPublicaBusinessModel

Margo Smit, Stephen Engelberg, David Kaplan

« Notre plan dépend de l’évolution du journalisme dans son ensemble: si par exemple le micro payement devient international, c’est une option. J’ai rencontré Mediapart et j’ai trouvé très intéressant qu’il soit parvenu à avoir 25 000 membres qui payent 9 euros par mois, même si ce n’est pas suffisant. »

« Les sites comme Twitter ont connu une croissance très importante mais c’est en train de se retourner un peu. Les Américains se rendent compte que les repas sont un peu maigres… Ils aimeraient avoir un peu plus de viande! » Continue reading

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Claude Angeli: « Les grandes affaires du Canard ne viennent pas de petites vacheries »

gijcClaude Angeli est rédacteur en chef de l’hebdomadaire satirique français le Canard Enchaîné.

Informateurs: « Un journaliste, s’il n’a pas de réseau d’informateur, ne sera jamais qu’un journaliste institutionnel. Il faut construire un réseau, ça peut prendre dix ans. – Nous avons très peu de procès. On préfère louper quelque chose que de prendre trop de risques. – Un dessin peut être vengeur. C’est important, quand vous avez des emmerdes avec votre travail, etc. qu’on vous venge un petit peu. » Continue reading

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Seymour Hersh: Embarquer avec les soldats, « l’une des pires choses arrivée au journalisme »

gijcSeymour Hersh en a tellement à raconter… Il a révélé le massacre de My Lai lors de la guerre du Viet Nam, les tortures de la prison d’Abou Ghraib pendant la guerre d’Irak trente ans plus tard, et entre deux n’a jamais cessé de traquer la vérité partout ou on voulait la lui cacher. Il a reçu de nombreux prix, dont le Pulitzer du reportage international en 1970. Petit aperçu de son intervention:

« Il n’est pas facile d’être journaliste d’investigation: les éditeurs [Editors] rejettent vos histoires, vos sources ne veulent pas être citées… »

Hersh2« On m’a demandé si j’avais des conseils aux jeunes journalistes, j’en ai deux. Il faut lire avant d’écrire et le sensationnel n’est pas nécessaire. Si l’histoire est bonne, elle se racontera toute seule. – Viet-Nam, Irak, Afghanistan: nos gouvernements n’ont rien appris, c’est pour cela que notre profession est si importante. »

Sur My Lai: « J’ai passé un an à retrouver les gens qui étaient présents. Je ne voyais pas d’aspect racial à ce moment-là, mais par la suite, je me suis rendu compte que peu de noirs ont participé. Ils tiraient plutôt en l’air. J’ai essayé de vendre cette histoire comme journaliste freelance mais personne ne la voulais. J’ai fini par la publier pour 100 dollars au New-York Times. » Continue reading

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David Barstow: « Amenez les sources à vous surestimer ! »

gijcDavid Barstow, New-York Times (Détenteur d’un prix Pulizer 2009), a enquêté sur les relations entre les war consultants des network américains et le Pentagone. Il explique ses techniques, les obstacles auxquels il s’est heurté et le contexte professionnel dans lequel il travaille: 

« A chaque fois que je fais une investigation, j’essaye de montrer un processus psychologique. Vous n’avez pas de pouvoir, vous ne pouvez que poser des questions et tenter de faire en sorte qu’on vous réponde. Il faut amener vos sources à vous surestimer. Ils doivent penser qu’ils ont plus à perdre de ne pas vous parler. »

« Les radios n’avaient pas de quoi se payer des reporters en Irak, alors ils se sont rués sur ces généraux à la retraite, etc. – Ce « réseau d’experts » avait toujours l’impression d’avoir bien agi, même après que le Pentagone ait mis fin au programme. – Nous avons eu un débat sur la santé aux USA et certains des analystes qui sont intervenus sur les network avaient un agenda caché, mais ça fonctionne moins bien maintenant. – Le général qui était en charge après les attentats du 11 sept. sait très bien comment manipuler l’opinion publique. Ces gens sont très cyniques par rapport au public, mais aussi par rapport aux gouvernements. – La valeur du journalisme est de montrer comment ce mécanisme fonctionne. – Un édito du New-York Post mettait en doute mon patriotisme et beaucoup de journalistes ont exprimé leur rage, car les militaires à la retraite sont très respectés. – Je me réjouis de lire le livre de Donald Rumsfeld, je pense qu’un ou deux chapitres me seront consacrés! »  Continue reading

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Myret Zaki « La Finma a contribué à maintenir les secrets d’UBS »

La conférence internationale du journalisme d’investigation se poursuit à Genève, avec une description des investigation autour de la crise des subprime, dans les coulisses d’UBS et de Credit Suisse. Myret Zaki:

Lukas Haessig: « Dès que vous savez ce que vous cherchez, vous trouvez des documents importants même sur les sites officiels. – On ne vous ment généralement pas dans les documents officiels, mais si vous ne les comprenez pas… ils ne servent à rien.

« La philosophie des banques consiste à ne pas donner trop d’information. – Le régulateur du marché des banques en Suisse [aujourd'hui FINMA] est l’instance auprès de laquelle il est le plus difficile d’obtenir des informations car elle adopte le point de vue des banques. – La FINMA a contribué à maintenir les secrets d’UBS. – Les personnes qui peuvent devenir vos sources ne vont pas leur carrière ou leurs intérêts pour vous parler. Celles qui m’ont parlé étaient très en colère et n’avaient pas de loyauté envers le marché. Même en gagnant beaucoup d’argent, le besoin de reconnaissance, de faire reconnaitre ce dont ils avaient averti les banques, les a conduit à parler. – L’une de mes sources a exigé de répondre à mes questions uniquement par oui ou par non. – C’est difficile pour moi de ne pas révéler mes sources, parce ça permet aux critiques de décrédibiliser mes informations en les décrivant comme des rumeurs. Plus vous devez protéger vos sources, plus vous êtes empêchés de publier des informations décisives.

Au sujet des conditions dans lesquelles son investigation a été menée: « Je travaillais pour Le Temps et j’ai du tout négocier. Un avocat a relu mon livre, bien que Le Temps n’aie pas co-édité l’ouvrage et que j’aie pris un congé sabbatique. A l’époque, je l’ai pris comme une pression très importante, même si je l’ai compris. Les négociations au sujet du contenu de mon livre ont été compliquées, car chacun sait qu’UBS est un sponsor très important de la presse suisse. »

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