Vive la dictature des faits, à bas la littérature! Oxymore pourri, pléonasme simplet et référence douteuse, dehors! Chiflet est énervé, et on peut l’être avec lui. Le grammairien français vient de restreindre la liberté des journalistes. Mais qu’on se rassure, c’est pour leur bien et celui des lecteurs. Vous en avez marre des épées de Damoclès mal affutées, des monstres sacrés malsains, des applaudissements nourris à la pisse de coq? Lui aussi.
Jean-Loup Chiflet, avec « 99 clichés à foutre à la poubelle » (Points), propose d’éradiquer les formules les plus éculées et les moins habiles qui pullulent dans la presse francophone. Bien sûr, ces nonante-neuf exercices fielleux d’épuration stylistique n’épuisent pas le sujet. Le cliché est un genre qui se renouvelle, et il restera donc toujours une feignasse pour accoler à son sujet du moment la platitude de toujours. Il n’empêche, commencer par les 99 de Chiflet économisera déjà un peu d’encre.
La présence des clichés dans l’écriture journalistique est-elle une nouveauté, comme le sous-entend l’auteur? Difficile à dire, sans passer quelques semaines à la bibliothèque municipale. Il n’empêche, je serais assez tenté de mettre ce sous-produit d’une injonction littéraire mal maitrisée sur le compte des chefs de rédaction qui empressent leurs journalistes à abandonner l’analyse pour « raconter une histoire » à laquelle ces crétins de lecteurs sont sensés pouvoir « s’identifier ». Vite dit, le responsable, c’est le story-telling, et ses détours obligés par un talent littéraire qui se monnaye peut-être, mais qui ne se décrète en tout cas pas.
Récemment, une « alerte cliché », petit moteur installé via twitter pour repérer « cerises sur le gâteau » et autres « ironie de l’histoire » s’est taillé un joli succès en classant les journaux qui en contenaient le plus. L’un d’eux s’est même courageusement enorgueilli de sa place de leader romand. Une fois les clichés repérés, il n’y a plus qu’à les remplacer. Par quoi? Mais… par rien!
A lire également: LQR, La propagande du quotidien, de Eric Hazan (Raisons d’agir).
